L’émission culturelle de deuxième partie de soirée Ce soir ou jamais (France 3) consacrait ce mardi 7 février une partie de sa revue de presse aux représentations cartographiques du monde et ce, en lien avec l’exposition « La France en relief » tenue au Grand Palais (Paris) depuis le 18 janvier 2012[1].

Invité en compagnie de Sylvie Brunel[2], Michel Foucher[3] a exposé le caractère très subjectif des projections cartographiques, depuis celle de Gérard Mercator, géographe flamand du XVIe siècle (1512-1594), qui fausse la taille et la position des continents et des États mais qui demeure toujours un support utilisé par les départements d’État, les organisations internationales ou encore Google.

Annette Ciattoni (dir.), Géographie 2de (manuel), Paris : Hatier, 2010, p. 10.

Or, la projection de Peters, plus respectueuse des superficies mais non-exempte de défauts, est encore sous-utilisée[4].

Annette Ciattoni (dir.), Géographie 2de (manuel), Paris : Hatier, 2010, p. 10.

Dans son ouvrage réédité – La bataille des cartes : analyse critique des visions du monde (F. Bourin, 2010) -, ce géopoliticien travaillant entre autres sur l’Europe[5] et les frontières[6], démontre que la représentation du monde sous forme de planisphère oblige indubitablement à faire des choix guidés par des impératifs (commerciaux, militaires, etc.) ou des idées. Ainsi, la projection australocentrée de Miller (1983), impulsée par le premier ministre australien John Howard (1996-2007), illustre les orientations nouvelles de la politique extérieure de ce pays de l’hémisphère sud, tourné à la fois vers les États-Unis, mais de plus en plus vers la Chine.

Martin Ivernel (dir.), Histoire-géographie 6e (manuel), Paris : Hatier, 2009, p. 191.

En outre, les cartes construites et utilisées par certaines compagnies maritimes révèlent leur vision globale du monde et sont agencées en fonction des voies majoritairement empruntées.

En ce qui concerne la subjectivité des représentations cartographiques et le miroir des mutations géopolitiques qu’elles peuvent constituer, on pourra se reporter à l’interview de Michel Foucher publiée l’année dernière dans le journal Libération[7].

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Notes :

[1] « La France en relief : chefs d’œuvre de la collection des plans-relief de Louis XIV à Napoléon III », exposition organisée au Grand Palais (Paris) du 18 janvier 2012 au 17 février 2012 [lien vers la page consacrée de la Réunion des musées nationaux].

[2] Sylvie Brunel est professeur d’université depuis 2001 et enseigne la géographie du développement et de la mondialisation à l’Université Paris IV-Sorbonne [CV publié sur le site de la Sorbonne]. Elle s’intéresse aux thématiques de la faim dans le monde, plus précisément sur le continent africain : L’Afrique : un continent en réserve de développement (Bréal, 2004) [lien SUDOC] ; Le développement durable (PUF/Que sais-je ?, 2004) [lien SUDOC] ; Nourrir le monde, vaincre la faim (Larousse, 2009) [lien SUDOC].

[3] Né en 1946, Michel Foucher, professeur des universités, enseigne à l’Ecole Normale Supérieure (ENS) de Paris [notice en ligne].

[4] Sur les représentations cartographiques, on pourra consulter entre autres la synthèse in Stéphanie Beucher, Magali Reghezza, La géographie : pourquoi, comment ? : objets et démarches de la géographie d’aujourd’hui, Paris : Hatier, 2005, p. 18-21 [lien SUDOC].

[5] Michel Foucher (dir.), Fragments d’Europe : atlas de l’Europe médiane et orientale, Paris : Fayard, 1993 [lien SUDOC] ; Michel Foucher (dir.), L’Europe : entre géopolitiques et géographies, Paris : SEDES/CNED, 2009 [lien SUDOC] ; Michel Foucher, L’Europe et l’avenir du monde, Paris : Odile Jacob, 2009 [lien SUDOC].

[6] Michel Foucher, Fronts et frontières des États du Tiers-Monde : étude de géographie géopolitique, Thèse de doctorat soutenue à l’Université Paris I en 1986 [lien SUDOC] ; Michel Foucher, Fronts et frontières : un tour du monde géopolitique, Paris : Fayard, 1988 [lien SUDOC] ; Michel Foucher, L’obsession des frontières, Paris : Perrin, 2007 [lien SUDOC].

[7] «La carte, une vision subjective du monde», Libération, 8 janvier 2011 [lien direct].