Suite ici du premier article portant sur le rapport du jury du CAPES (session 2011), publié au début du mois d’octobre.

≈ Retour sur les écrits et les oraux de la session 2011

Comme de coutume, le rapport du jury donne au lecteur de nombreuses données et repères statistiques sur la session passée : nombre de candidats, âge moyen des admis, origine des candidats, etc. La barre d’admissibilité (moyenne du dernier admissible) était cette année de 6 (comme en 2010) et la barre d’admission (moyenne du dernier admis) s’élevait à 9,13 (8,58 à la session 2010)[1].

Armand Djimet-Baboun, docteur en géographie, professeur en classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) au lycée Montgazon d’Angers[2] et rapporteur pour la partie relative à la composition écrite de géographie, a proposé un plan répondant au sujet donné en novembre 2010 –  « Nourrir les très grandes villes dans le monde » – lequel était accompagné de trois documents[3] :

Pb. : dans quelle mesure, les très grandes villes, par la demande alimentaire très forte qu’elles suscitent sont révélatrices de la recherche des hommes à satisfaire leurs besoins alimentaires fondamentaux par tous les moyens ? Dans quelle mesure cette recherche de la satisfaction des besoins a des impacts sociaux spatiaux tant à l’échelle locale que planétaire ?

I – Les très grandes villes, miroirs d’une demande alimentaire de plus en plus forte et des mutations des régimes alimentaires en cours

II – La mobilisation des moyens aux différentes échelles pour satisfaire la demande alimentaire des populations nombreuses sur un espace restreint

III – Cependant, des situations différenciées selon les aires géoéconomiques (typologie)[5]

En ce qui concerne la composition d’histoire relative aux « identités dans le monde britannique (1915-1931) » (sujet sans documents), les rapporteurs, Marie-Françoise Berneron-Couvenhes (auteur d’une thèse sur la compagnie de navigation à vapeur française des messageries maritimes[6]) et Jenny Raflik (maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Cergy-Pontoise dont les recherches portent sur l’OTAN et les relations transatlantiques[7]), ont livré une longue analyse aboutissant à un plan détaillé non-restrictif :

I – « Nous, les Britanniques », des identités multiples

A) Des valeurs communes

-La langue

-Le « fardeau de l’homme blanc » : La religion chrétienne, l’éducation, l’utilitarisme

-L’émergence d’un modèle économique et politique : le modèle de Westminster

B) Qui sont les Britanniques ? Des identités nationales dans le monde britannique

-Des identités plurielles : Le particularisme gallois ; l’invention d’une tradition écossaise ; le paradoxe irlandais.

-Survivance de particularismes nationaux au sein de l’Empire

C) Influence de l’Empire dans la métropole, l’identité impériale

-Une colonisation des esprits britanniques par l’idéologie impériale ?

-La querelle de l’Orientalisme

II – Le renforcement de la Britishness

A) La diaspora britannique à l’origine de Neo-Britains

-Essaimages britanniques : qui sont les agents de la britishness ?

-Les pratiques des Neo-Britons (pratiques sociales, sportives, cultuelles)

B) L’empreinte de l’identité britannique dans le monde britannique : quelles acculturations ?

-L’anglicisation et la formation des élites

-La conversion au christianisme

-Empreinte dans l’espace de l’influence britannique et influences croisées

C) L’Empire de la race ?

-Racisme et identités déniées, bafouées, voire éradiquées

-Protéger la « race blanche »

III – Les limites de l’acculturation

A) Les résistances

-Les résistances religieuses et les résistances à l’assimilation culturelle

-Les résistances sociales

B) Les mouvements nationalistes

-Des mouvements nationalistes qui se maintiennent, voire se renforcent (exemples irlandais, écossais)

-L’impact de la première guerre mondiale et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes sur les résistances à la colonisation

C) Émergence de nouvelles identités

-De nouvelles nations issues de la colonisation (Canada, Australie…)

-Un loyalisme britannique ?

-De nouvelles identités sociales : identité ouvrière, féminisme, etc.[8]

Un certain nombre de sujets de leçon orale d’histoire sont fournis, souvent à titre d’exemples, dans le rapport[9]. A noter en outre qu’un listening exhaustif des sujets tombés paraît difficile à dresser étant donné que, rien que pour la question transversale « Le prince et les arts », 217 sujets sont tombés[10]  :

-César et l’Occident

-L’Occident dans les guerres civiles

-L’Occident romain en 27 av. J-C (sujet tableau)

-L’Occident romain en 192 ap. J-C (sujet tableau)

-Verrès et Agricola (sujet comparatiste)

-Être un gouverneur sous la République (197-27 av. J-C)

-Les princes guerriers et les arts en France et en Italie du XIVe au XVIe siècle

-La papauté d’Avignon et les arts

-Versailles, miroir du prince de Louis XIII à Louis XVI

-Le prince et l’art religieux du XIVe au XVIIIe siècle

-Arts et artistes à la cour de Mantoue du XIVe au XVIe siècle

-La glorification du prince par les arts du XVe au XVIIe siècle

-Le monde britannique en 1914 (sujet tableau)

-Le monde britannique en 1931 (sujet tableau)

En EOD, deux sujets étaient donnés quotidiennement cette année (un pour tous les candidats de la matinée, un pour tous les candidats de l’après-midi). La liste complète des questions du premier exposé à construire (en histoire ou en géographie) est fournie dans le rapport et peut aider les futurs admissibles[11] :

Sujets d’EOD en histoire

Sujets d’EOD en géographie

-L’approche culturelle est-elle pertinente en histoire ?-La biographie est-elle un genre historique ?

-Qu’est ce qu’un document historique ?

-L’histoire n’est-elle pas d’abord et nécessairement événementielle ?

-Pourquoi mémoriser des repères en histoire ?

-Quelle est la place des individus dans l’histoire ?

-Quelle place pour l’historien dans la société ?

-Définir les mots de l’historien : en quoi est-ce essentiel et problématique ?

-L’œuvre d’art peut-elle être une source pour l’historien ?

-L’analyse spatiale peut-elle participer au renouvellement du questionnement historique ? L’exemple de l’histoire urbaine

-L’introduction du concept d’identité en histoire peut-elle être source d’anachronisme ?

-Comment écrire l’histoire des relations internationales aujourd’hui?

-L’explication historique peut-elle se passer de comparaison ?

-Mémoire et histoire, entre complémentarité et conflits

-L’étude du passé colonial amène-t-elle un renouvellement épistémologique de la discipline historique?

-L’histoire du Temps présent, une histoire des questions vives ?

-L’histoire des représentations : une nouvelle histoire sociale ?

-De quoi et pourquoi les historiens débattent-ils ?

-Le concept d’ « absolutisme » est-il encore opératoire en histoire ?

-La biographie est-elle un genre historique mineur ?

-Comment définir un groupe social ?

-L’historien doit-il conjuguer des approches spatiales et temporelles différentes pour comprendre le passé?

-Quelle place accorder aux concepts en histoire ?

-Comment faire de l’histoire avec des images comme sources?

-L’histoire culturelle est-elle une histoire ancillaire ?

-L’histoire économique est-elle plutôt de l’histoire ou plutôt de l’économie ?

-Quel usage faire de l’histoire des Arts en histoire ?

-L’histoire sans les femmes est-elle possible ?

-Quelle est la place des sources dans le travail de l’historien ?

-Pourquoi lire les historiens des autres siècles?

-Entre histoire des religions et histoire du fait religieux, quelles différences ? Quels enjeux?

-Quel statut accorder à l’événement en histoire ?

-Aux grands hommes, l’histoire reconnaissante

-Le paysage peut-il être un objet et un outil de la géographie sociale ?-En quoi la notion de frontière interroge-t-elle les géographes ?

-Quelle place pour les notions de centre et de périphérie en géographie ? L’exemple de l’Europe

-Géographie et géopolitique : quels liens ?

-La question du développement durable relève-t-elle de la géographie ?

-En quoi la question de l’identité relève-t-elle de la géographie ?

-L’Etat est-il un acteur géographique particulier ?

Le géographe peut-il être scientifique et engagé ?

-Comment appréhender la notion de patrimoine en géographie?

-Quel est l’apport de la géographie à l’étude des ressources naturelles ?

-Pourquoi le territoire est-il une notion géographique complexe ?

-Faut-il forcément changer d’échelle en géographie ?

-Qu’est-ce qu’une « géographie sociale » peut apporter à la compréhension de l’espace?

-La mondialisation oblige-t-elle à renouveler le regard géographique ?

-Peut-on encore parler de géographie tropicale ?

-Dans quelle mesure les pratiques de mobilité remettent-elles en cause la géographie des frontières?

-Les approches systémiques en géographie

-Quelle utilité et quelles limites dans la compréhension des espaces urbains ?

-Quelles causalités envisager pour les dynamiques spatiales ?

-Faut-il de nouvelles cartes pour mieux appréhender le monde actuel ?

-Quelle est la place du concept de risque dans l’évolution de la géographie ?

-La géographie urbaine est-elle au service du pouvoir ?

-Quelles ont été les principales évolutions de la géographie économique ?

-Les découpages d’espaces sont-ils neutres ? Exemple de la Méditerranée vue d’Europe

-La région : objet géographique ou construction politique ?

-Frontières et espaces transfrontaliers, quels enjeux pour le géographe ? L’exemple de l’Europe

-Le développement durable, une notion géographique ?

-En quoi les approches culturelles renouvellent-elles la géographie ?

-La montagne : un objet d’étude géographique ?

-Qu’est-ce qu’une discontinuité en géographie ?

-Quelles relations entre géographie et aménagement ?

-La géopolitique est-elle une branche de la géographie ?

-En quoi la notion de réseau est-elle essentielle en géographie ?

-En quoi la réflexion sur le genre peut-elle être utile aux géographes ?

≈ Perspectives pour la session 2012 (année universitaire 2011-2012)

La session 2012 succède à la précédente, souvent considérée comme une année transitoire et, par le jury, comme une année « difficile »[12], mais, du fait de la réforme, en conserve les vicissitudes, à savoir la principale, reconnue dans le rapport, de devoir préparer conjointement un Master (Métiers de l’enseignement et de la formation en histoire-géographie [MEF]) et un concours national au nombre de postes limité (on pourrait ajouter les certificats informatique [C2i2e] et de langue [CLES 2]). En effet, « les textes nouveaux, le type d’épreuves et la place à réserver aux stages de terrain transforment profondément l’organisation, la philosophie et le fonctionnement du concours. Il s’agit bien pour les universitaires de mettre en place une formation professionnalisante efficace débouchant sur la réussite des étudiants. C’est à dire non pas une simple réussite au concours du CAPES qui n’est que la première étape, mais l’intégration du candidat dans la fonction publique sur un poste de professeur certifié d’histoire et de géographie. Ce qui signifie la réussite aux épreuves écrites puis orales du CAPES et tout autant la réussite de l’année de stage de titularisation en établissement devant les élèves. »

Cette année encore, les candidats devront attacher autant d’importance à l’histoire qu’à la géographie (du fait de la bivalence entre les deux disciplines[13]) et, à l’oral, préparer aussi bien la leçon que l’épreuve d’épistémologie et d’éducation civique, qui ont la même valeur dans la notation finale[14].

Dans l’optique de l’écrit, le rapport leur rappelle qu’il est possible que le sujet de composition, en histoire ou en géographie (et non pour les deux épreuves), ne comporte aucun document pouvant orienter l’étudiant[15]. De même, comme pour l’année précédente, des considérations historiographiques sont attendues dans l’introduction ou dans le développement de la dissertation[16].

A l’oral, les candidats gagnent trente minutes (3h30 à 4 heures) par rapport à l’année dernière pour préparer l’épreuve orale sur dossier (EOD), impliquant en conséquence davantage d’attentes de la part des jurys, essentiellement en termes de structuration des idées et d’organisation de l’exposé[17]. Il est alors nécessaire de mobiliser ses connaissances épistémologiques, de comprendre le lien entre les documents proposés dans le dossier, de les exploiter rigoureusement à l’oral[18], d’avoir bien assimilé les programmes du secondaire et les finalités de la matière considérée[19], et, enfin, d’être au courant des débats historiographiques, disciplinaires et politiques les plus actuels[20]. Enfin, en ce qui concerne la leçon de géographie, l’intérêt de produire un croquis de synthèse est à nouveau souligné[21].

Rémi Devémy

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Notes :

[1] Ministère de l’Éducation nationale/Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Rapport du jury du concours externe du CAPES et du CAFEP-CAPES – Section Histoire-géographie – Session 2011, établi sous la responsabilité de Laurent Carroué, p. 6 [disponible en ligne].

[2] Ce géographe travaille sur l’agriculture, la mondialisation agricole et alimentaire et le développement (cf. Armand Djimet-Baboun, Agriculture et développement dans le monde, Paris : Ellipses, 2006 [lien SUDOC]).

[3] L’imprimé du sujet et des documents l’accompagnant est disponible en ligne sur le site du ministère de l’Éducation nationale.

[4] Ministère de l’Éducation nationale/Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Rapport du jury du concours externe du CAPES et du CAFEP-CAPES – Section Histoire-géographie – Session 2011, établi sous la responsabilité de Laurent Carroué, p. 9 [disponible en ligne].

[5] Marie-Françoise Berneron-Couvenhes, La Compagnie de navigation française des messageries maritimes de 1851 à 1914 : entreprise de transport et service public, Thèse d’histoire contemporaine dirigée par Dominique Barjot et soutenue à l’Université Paris 4 en 2002 [lien SUDOC].

[6] Jenny Raflik, Les décideurs français et l’alliance atlantique (1947-1954), Thèse d’histoire contemporaine dirigée par Robert Frank et soutenue à l’Université Paris 1-Panthéon Sorbonne en 2006 [lien SUDOC].

[7] Ministère de l’Éducation nationale/Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Rapport du jury du concours externe du CAPES et du CAFEP-CAPES – Section Histoire-géographie – Session 2011, établi sous la responsabilité de Laurent Carroué, p. 13-14 [disponible en ligne].

[8] Ibid., p. 27.

[9] Ibid., p. 27.

[10] Ibid., p. 16-18.

[11] Ibid., p. 2.

[12] Ibid., p. 4.

[13] « Une des principales innovations introduites par la rénovation des épreuves du concours réside dans la totale bivalence existant dorénavant entre l’histoire et la géographie. […] Il est donc impératif que les candidats se préparent l’année du concours à égalité d’effort et d’investissement dans les deux disciplines » (Ibid., p. 3).

[14] « Du fait de la réduction des épreuves d’admission à deux oraux, l’épreuve sur dossier a pris une place encore plus importante, ce qui doit inciter les candidats à préparer cette épreuve très sérieusement. Les candidats, pour l’épreuve sur dossier, sont désormais interrogés sur une seule discipline, soit en histoire soit en géographie. […] L’esprit reste le même puisqu’elle reste une interrogation portant sur l’historiographie, l’épistémologie, les enjeux et les finalités des disciplines » (Ibid., p. 14).

[15] « Cette année, dans la dissertation, il n’y avait pas de document, ce qui était volontaire, puisque le texte de
cadrage précisait que l’un des deux sujets au moins comportait des documents, que le candidat utilisait dans sa composition » (Ibid., p. 10).

[16] Ibid., p. 11.

[17] Ibid., p. 18-19.

[18] « La communication passe aussi par l’utilisation de documents qui doivent être montrés, expliqués et analysés afin de servir d’arguments et non simplement exposés au jury accompagnés d’un ‘vous voyez sur ce document…' » (Ibid., p. 20)

[19] « Le candidat doit connaître les programmes, les finalités et les enjeux de la discipline et de l’enseignement de l’histoire et de la géographie au collège et au lycée (le rôle social de l’historien et du géographe, l’articulation entre la recherche et les programmes enseignés, etc.…) » (Ibid., p. 15).

[20] Il est nécessaire de se forger une culture scientifique par la lecture d’ouvrages ayant fait date dans l’histoire des deux disciplines ainsi que de travaux récents en histoire comme en géographie. Il s’agit de connaître les revues scientifiques (papier et en ligne), d’avoir manipulé les grandes collections des dictionnaires et des atlas. Le jury peut interroger sur des travaux d’historiens ou de géographes de l’année en cours car il s’agit aussi de connaître l’actualité de la discipline (les méthodes, les débats, les concepts, les polémiques en cours) que les lauréats auront à enseigner. Les candidats sont invités à se tenir informés de l’actualité politique et institutionnelle : lecture de la presse nationale, de revues scientifiques ou de vulgarisation (L’Histoire, Historiens et Géographes, Le Monde diplomatique, Le Courrier international, Sciences humaines, par exemple). Ils doivent suivre les principaux événements de la vie démocratique d’autant que nous entrons dans une année électorale. Ils auront enfin tout particulièrement révisé les notions de base : laïcité, démocratie, République, etc. » (Ibid., p. 16).

[21] Ibid., p. 20.

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