Rendu public, comme chaque année, au début du mois d’octobre[1], le rapport du jury du CAPES d’histoire-géographie relatif à la session 2011 (année universitaire 2010-2011) fournit, à la manière des précédents, informations et orientations[2] fort utiles pour la préparation des épreuves écrites (organisées les 17 et 18 novembre 2011[3]) et orales.

≈ Remarques générales et cadrage méthodologique

Mettant à plusieurs reprises en avant les carences de divers ordres des candidats, fréquemment observées par les correcteurs, qu’il s’agisse de l’orthographe ou de la syntaxe[4], des connaissances et des compétences dans la discipline[5] ou d’un manque de curiosité et/ou de culture générales[6], les rapporteurs des différentes sections du document délivrent de précieux conseils, parfois étoffés, pour la préparation du concours, les réflexes à avoir face aux sujets et les exigences à respecter afin de réussir. Les préparationnistes doivent donc prêter attention à leur expression, à la fois écrite et orale, et disposer de connaissances solides[7] et actualisées[8] aussi bien en histoire qu’en géographie, dans la mesure où la bivalence entre les deux disciplines est désormais effective[9].

Comme dans le rapport de la session 2010[10], les démarches à effectuer devant les sujets des épreuves d’admissibilité sont rappelées dans les premières pages : « définir les termes du sujet, analyser les documents, dégager une problématique, puis établir un plan […] et faire une conclusion-bilan avec une ouverture ». En géographie, le développement peut s’achever sur une typologie[11]. Les deux dissertations à rédiger doivent être davantage l’occasion de montrer sa capacité à réfléchir, à structurer ses idées et à utiliser de façon pertinente quelques exemples savamment choisis et bien développés, plutôt que de faire preuve d’une érudition ou d’une capacité à mémoriser un grand flot de connaissances sans démontrer une prise de recul par rapport à celles-ci[12]. Ici est soulignée une caractéristique du CAPES d’histoire-géographie que beaucoup de candidats ignorent : il s’agit d’un concours dont la réussite repose essentiellement sur la réflexion et la méthode, plus que sur l’ingurgitation et la restitution pure de données et connaissances spécialisées et pointues. Les notions, concepts et repères chronologiques et historiographiques de base (c’est-à-dire enseignés en Licence) doivent néanmoins être connus pour étayer des idées et/ou introduire un sujet[13].

La refonte des épreuves orales depuis la session terminée (2011) a incité les rapporteurs à faire une mise au point sur les attentes et les exigences du jury. En leçon comme en EOD (Épreuve orale sur dossier), l’exposé oral doit être organisé consciencieusement et bien documenté (à partir d’ouvrages, d’articles, de documents fournis ou, simplement, à partir de connaissances) :

      -« La leçon doit avant tout s’articuler autour d’une problématique claire qui invite à la réflexion, qui délimite les enjeux du sujet et sert de ‘fil conducteur’. Cette problématique, exposée en introduction, devra être omniprésente tout le long de l’exposé, les titres des différentes parties devront y faire référence. Enfin elle sera reprise dans la conclusion où on y apportera une réponse nuancée reposant sur les arguments du développement […] La communication passe aussi par l’utilisation de documents qui doivent être montrés, expliqués et analysés afin de servir d’arguments et non simplement exposés au jury accompagnés d’un ‘vous voyez sur ce document…' »[14]. Le rapport explique bien les conditions de préparation et de passage de l’épreuve de leçon en histoire (p. 25-26) et en géographie (p. 21-25), à savoir par exemple le temps de réflexion accordé, la recherche d’ouvrages dans la bibliothèque, etc.

      -L’épreuve orale sur dossier (EOD) en histoire comme en géographie demeure une « interrogation portant sur l’historiographie, l’épistémologie, les enjeux et les finalités des disciplines », est décomposée en deux exposés (sur une question disciplinaire puis sur une question d’éthique du fonctionnaire et d’éducation civique) et repose sur l’utilisation approfondie de quatre documents[15]. Il est nécessaire de construire une réponse organisée aux deux questions données et, « tout d’abord, avant de lire les documents fournis, le candidat doit bien prendre le temps d’analyser le sujet afin d’en comprendre tous les enjeux »[16].

A l’oral, le rapport insiste par ailleurs sur le paraître et l’attitude des candidats qui, habillés dans une tenue décente[17], doivent absolument faire preuve d’enthousiasme, de détermination et de combativité, en particulier lors des phases de reprise et de questions (entretien)[18].

A suivre : la deuxième partie de l’article consacrée aux épreuves de la session 2011 et aux perspectives pour 2012

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Notes :

[1] Discussion consacrée sur le forum CAPES-hist-geo, 1er octobre 2011.

[2] Ministère de l’Éducation nationale/Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Rapport du jury du concours externe du CAPES et du CAFEP-CAPES – Section Histoire-géographie – Session 2011, établi sous la responsabilité de Laurent Carroué, p. 3 (disponible en ligne).

[3] Page d’actualité Étudiants du Département d’histoire de l’Université Paris 8, 15 juin 2011.

[4] « Beaucoup trop de candidats maîtrisent mal la langue française. Nous avons relevé dans les copies beaucoup trop de fautes de syntaxe, qui rendent opaques la pensée et la démonstration des copies. […] Tout ceci entrave la lisibilité de la copie, et surtout est inacceptable pour de futurs professeurs » (Ministère de l’Éducation nationale/Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Rapport du jury du concours externe du CAPES et du CAFEP-CAPES – Section Histoire-géographie – Session 2011, établi sous la responsabilité de Laurent Carroué, p. 10 [disponible en ligne]).

[5] « On demeure frappé par l’émiettement des savoirs et des connaissances, l’éclatement des pratiques des candidats, la faiblesse des contenus épistémologiques, la grande difficulté à aborder des questions et des enjeux larges faisant débat dans la société et auxquels ils vont être confrontés comme enseignant en classe » (Ibid., p. 4).

[6] « Il est ainsi indispensable de se tenir au courant de l’actualité. Trop de candidats paraissent ignorer les acteurs et les enjeux de la vie politique et sociale, par exemple le fonctionnement des institutions, les caractères de la constitution, le spectre politique français ou l’éventail de la presse quotidienne. […] Les candidats doivent être conscients que l’on attend d’eux, comme on attend de tout enseignant, des connaissances actualisées, il est donc essentiel de travailler à partir d’ouvrages récents mais aussi de suivre l’actualité en lisant la presse de qualité » (Ibid., p. 15 et 21).

[7] « Au total, le CAPES externe et le CAFEP-CAPES sont des concours exigeants, comme le montre le rapport entre le nombre d’admis et celui des candidats ayant effectivement composé. Ils imposent donc un travail rigoureux et exigeant, qui doit pouvoir s’adosser à une culture générale géographique et historique – incluant la connaissance des histoires et des démarches des deux disciplines, la compréhension de leurs notions clefs, la possession des grands repères spatiaux, chronologiques et statistiques – construite au fil des années de lycée et d’université » (Ibid., p 7).

[8] « Encore trop de candidats ignorent les recherches récentes, les débats, les renouvellements scientifiques et l’actualité des deux disciplines en France et à l’étranger. Beaucoup d’entre eux ne maîtrisent pas suffisamment les notions et les concepts clés des deux disciplines » (Ibid., p 15).

[9] « Une des principales innovations introduites par la rénovation des épreuves du concours réside dans la totale bivalence existant dorénavant entre l’histoire et la géographie. […] Il est donc impératif que les candidats se préparent l’année du concours à égalité d’effort et d’investissement dans les deux disciplines » (Ibid., p 3).

[10] Ministère de l’Éducation nationale/Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Rapport du jury du concours externe du CAPES et du CAFEP-CAPES – Section Histoire-géographie – Session 2010, établi sous la responsabilité de Laurent Carroué, p. 6 et suivantes [disponible en ligne].

[11] Ministère de l’Éducation nationale/Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Rapport du jury du concours externe du CAPES et du CAFEP-CAPES – Section Histoire-géographie – Session 2011, établi sous la responsabilité de Laurent Carroué, p. 8 [disponible en ligne].

[12] « Certaines copies se présentent comme une succession d’innombrables paragraphes (retour à la ligne à la fin de chaque phrase), ou au contraire comme un bloc massif (pas de retour à la ligne pour les transitions). Ces deux extrêmes traduisent l’absence d’organisation de la pensée et de cohérence de la démonstration. Nous rappelons qu’un paragraphe correspond à une sous-partie du plan et correspond à une idée étayée d’un exemple développé. Le plan, par ailleurs, ne doit pas être apparent dans la copie sous forme de titre. […] Beaucoup trop de copies comportent des exemples allusifs. Il y a peu d’exemples développés ou d’études de cas approfondies. Or, l’accumulation d’exemples n’est pas démonstrative. Il est préférable d’utiliser un seul exemple, mais bien maîtrisé et à des fins précises dans le déroulement de la démonstration […] » (Ibid., p. 10).

[13] Ibid., p. 11.

[14] Ibid., p. 20.

[15] « Beaucoup de candidats n’ont pas conçu les documents comme une source de réflexions, d’aucun les ont totalement ignorés, d’autres les ont, au contraire, paraphrasés. Trop peu de candidats encore ont formulé explicitement une problématique » (Ibid., p. 15).

[16] Ibid., p. 15.

[17] « Les commissions s’agacent de la tenue relâchée, voire négligée, de trop de candidats, en particulier de sexe masculin, qui jouent leur carrière professionnelle en ajoutant à des connaissances parfois approximatives, des tenues à la limite de l’irrespect, notamment le port de chaussures de sport ‘fatiguées’ et/ou de chemises flottantes » (Ibid., p. 28).

[18] « Cela suppose d’abord que l’on « donne de sa personne » en recherchant la qualité de l’expression, en variant le ton pour mettre en valeur les idées importantes, en adoptant une gestuelle qui appuiera le discours et en regardant son auditoire » (Ibid., p. 19 ; voir de plus p. 25).