Une quinzaine de jours après la lettre d’information présentant la nouvelle question de géographie (voir l’article à ce sujet) pour le concours de l’année universitaire 2012-2013[1], Laurent Carroué, actuel président du Certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second (CAPES) externe d’histoire et de géographie, a fait parvenir ce 11 juillet 2011 aux préparateurs du concours un second document sur lequel figurent les deux nouveaux sujets d’histoire qu’auront à travailler les candidats à la rentrée 2012[2]. Ce triple changement de question (deux en histoire, une en géographie) tranche avec le traditionnel renouvellement annuel d’une thématique de chacune des deux disciplines (histoire et géographie) et s’explique par le maintien en 2010-2011 et 2011-2012 des mêmes questions en histoire (Rome et l’Occident, Le prince et les arts, Le monde britannique).

La question d’histoire ancienne alterne généralement, lors des changements décidés par les jurys, histoire grecque et histoire romaine. A l’étude de la relation entre Rome et l’Occident de 197 av. J-C à 192 ap. J-C succède celle des diasporas grecques du VIIIe siècle à la fin du IIIe siècle av. J.-C. (Bassin méditerranéen, Proche-Orient). Cette question, comme la précédente, amènera les préparationnistes à considérer une période temporelle longue (cinq siècles) s’étalant de l’époque archaïque (IX-VIIIe siècle au Ve siècle : période d’expansion commerciale et d’épanouissement artistique) au début de l’époque hellénistique (conquêtes d’Alexandre et guerres puniques). L’espace considéré est également étendu, permettant d’analyser les rapports entre les territoires et de considérer les grands évènements de l’Antiquité grecque. Le sujet en lui-même – les diasporas grecques – renvoie à l’intérêt historiographique récent pour les migrations et les transferts culturels qu’illustre par exemple la question d’histoire moderne actuellement au programme de l’agrégation externe d’histoire[3]. En outre, cette thématique fait également écho au nouveau programme d’histoire de sixième, mis en pratique depuis la rentrée 2009, appelant un traitement de la colonisation et des foyers de la civilisation grecque[4] dont François Chamoux (1915-2007) a dressé une synthèse célèbre[5].

La nouvelle question d’histoire contemporaine couvre un siècle et renvoie à quelques-uns des grands axes du Monde britannique (1815-1931). Intitulée « Les sociétés coloniales à l’âge des Empires : Afrique, Antilles, Asie (années 1850-années 1950)« , elle impliquera désormais d’appréhender plusieurs empires coloniaux (français, britannique, allemand, italien, belge…) et les problématiques qui se posent au sein de leurs possessions. Les candidats auront probablement à maîtriser une chronologie dense de la colonisation ainsi que les rouages de l’administration coloniale. En outre, les deux guerres mondiales constitueront ici un arrière-plan important et la seconde borne chronologique (années 1950) semble ouvrir vers le processus de décolonisation (dont la principale phase concerne la période 1947-1962[6]). On entrevoit bien ici le lien avec les programmes du secondaire dans lesquels les colonies occupent une place récurrente, en quatrième (le programme en vigueur à la rentrée 2011 impose l’étude d’une société coloniale)[7] et en première (thème 4 centré particulièrement sur l’Empire français)[8]. Cette nouvelle question pourra également susciter un éclairage préalable sur les débats concernant la colonisation et la tension entre histoire et mémoire qu’elle a pu provoquer et qu’elle provoque encore[9].

Ces deux questions attendent pour l’heure une validation de la part du ministère de l’Éducation nationale et seront officialisées dans un document plus étoffé dans le courant du mois de septembre 2011[10]. Elles figureront également au programme de l’agrégation externe 2012-2013, répondant ainsi aux requêtes des quatre associations d’historiens de l’enseignement supérieur à l’intention des présidents des jurys du CAPES d’histoire-géographie (Laurent Carroué) et de l’agrégation externe d’histoire (Michel Cassan) concernant la concordance des questions des deux concours[11]. Cependant, il apparaît que la question transversale d’histoire médiévale et moderne (Le prince et les arts) demeurera encore en 2012-2013 une spécificité du CAPES externe.

Récapitulatif des questions au programme du CAPES externe d’histoire-géographie et de l’agrégation externe d’histoire pour 2012-2013 :

    • CAPES :

≈ Histoire :

-Les diasporas grecques du VIIIe siècle à la fin du IIIe siècle av. J.-C. (Bassin méditerranéen, Proche-Orient)
-Le Prince et les arts en France et en Italie, du XIVe au XVIIIe siècle
-Les sociétés coloniales à l’âge des Empires : Afrique, Antilles, Asie (années 1850-années 1950)

≈ Géographie :

-La France en villes
-La géographie des conflits
-Canada, Etats-Unis, Mexique

    • Agrégation d’histoire :

≈ Histoire :

-Les diasporas grecques du VIIIe siècle à la fin du IIIe siècle av. J.-C. (Bassin méditerranéen, Proche-Orient)
-Structures et dynamiques religieuses dans les sociétés de l’Occident latin du troisième concile de Latran (1179) à la fin du concile de Bâle (1449)
Les circulations internationales en Europe de 1680 à 1780
-Les sociétés coloniales à l’âge des Empires : Afrique, Antilles, Asie (années 1850-années 1950)

≈ Géographie :

-La géographie des conflits
-Canada, Etats-Unis, Mexique (ou la France urbaine)

Rémi Devémy

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Notes :

[1] Lettre de Laurent Carroué, Président du CAPES externe d’histoire et de géographie, intitulée « Lettre d’information à l’attention des préparateurs » et datée du 24 juin 2011, point 1. Disponible en ligne.

[2] Lettre de Laurent Carroué, Président du CAPES externe d’histoire et de géographie, intitulée « Lettre d’information à l’attention des préparateurs » et datée du 11 juillet 2011. Disponible en ligne.

[3] Cette question, intitulée « Les circulations internationales en Europe de 1680 à 1780 » est au programme de l’agrégation externe d’histoire depuis 2010-2011.

[4] Ministère de l’Éducation nationale, « Programmes de l’enseignement d’histoire-géographie-éducation civique : classe de sixième », Bulletin officiel spécial n° 6 du 28 août 2008, p. 6. Disponible en ligne.

[5] François Chamoux, La civilisation grecque à l’époque archaïque et classique, Paris : Arthaud, 1968 [notice SUDOC]

[6] Ce repère est mis en exergue dans le nouveau programme d’histoire de troisième : Ministère de l’Éducation nationale, « Programmes de l’enseignement d’histoire-géographie-éducation civique : classe de troisième », Bulletin officiel spécial n° 6 du 28 août 2008, p. 43. Disponible en ligne.

[7] Ministère de l’Éducation nationale, « Programmes de l’enseignement d’histoire-géographie-éducation civique : classe de troisième », Bulletin officiel spécial n° 6 du 28 août 2008, p. 32. Disponible en ligne.

[8] Ministère de l’Éducation nationale, « Programme d’enseignement commun d’histoire-géographie en classe de première des séries générales », Bulletin officiel spécial n° 9 du 30 septembre 2010. Disponible en ligne.

[9] On pense ici particulièrement à la loi du 23 février 2005 portant reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés (texte sur Legifrance) qui avait provoqué, au moment de sa promulgation, une controverse portant essentiellement sur son article 4 qui demandait aux programmes scolaires de reconnaître « le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord ». Voir sur ce point François Azouvi, René Rémond, Quand l’État se mêle de l’Histoire, Paris : Stock, 2006 [notice SUDOC]

[10] « Ces questions ont été proposées conjointement par les différents présidents de Jury à la DGRH du ministère qui doit maintenant en assurer la validation. Elles sont donc fournies pour l’instant à titre purement indicatif. Un document officiel paraitra en septembre 2011 légalisant ces propositions qui seront publiées au BO » (Lettre de Laurent Carroué, Président du CAPES externe d’histoire et de géographie, intitulée « Lettre d’information à l’attention des préparateurs » et datée du 11 juillet 2011).

[11] Lettre des associations d’historiens de l’enseignement supérieur (Société des professeurs d’histoire ancienne de l’université [SOPHAU], Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public [SHMES], Association des historiens modernistes des universités françaises [AHMUF] et Association des historiens contemporanéistes de l’enseignement supérieur et de la recherche [AHCESR] à Laurent Carroué et à Michel Cassan, datée du 17 juin 2011.