Michel Foucher et la subjectivité des projections cartographiques, reflets d’une certaine vision du monde

L’émission culturelle de deuxième partie de soirée Ce soir ou jamais (France 3) consacrait ce mardi 7 février une partie de sa revue de presse aux représentations cartographiques du monde et ce, en lien avec l’exposition « La France en relief » tenue au Grand Palais (Paris) depuis le 18 janvier 2012[1].

Invité en compagnie de Sylvie Brunel[2], Michel Foucher[3] a exposé le caractère très subjectif des projections cartographiques, depuis celle de Gérard Mercator, géographe flamand du XVIe siècle (1512-1594), qui fausse la taille et la position des continents et des États mais qui demeure toujours un support utilisé par les départements d’État, les organisations internationales ou encore Google.

Annette Ciattoni (dir.), Géographie 2de (manuel), Paris : Hatier, 2010, p. 10.

Or, la projection de Peters, plus respectueuse des superficies mais non-exempte de défauts, est encore sous-utilisée[4].

Annette Ciattoni (dir.), Géographie 2de (manuel), Paris : Hatier, 2010, p. 10.

Dans son ouvrage réédité – La bataille des cartes : analyse critique des visions du monde (F. Bourin, 2010) -, ce géopoliticien travaillant entre autres sur l’Europe[5] et les frontières[6], démontre que la représentation du monde sous forme de planisphère oblige indubitablement à faire des choix guidés par des impératifs (commerciaux, militaires, etc.) ou des idées. Ainsi, la projection australocentrée de Miller (1983), impulsée par le premier ministre australien John Howard (1996-2007), illustre les orientations nouvelles de la politique extérieure de ce pays de l’hémisphère sud, tourné à la fois vers les États-Unis, mais de plus en plus vers la Chine.

Martin Ivernel (dir.), Histoire-géographie 6e (manuel), Paris : Hatier, 2009, p. 191.

En outre, les cartes construites et utilisées par certaines compagnies maritimes révèlent leur vision globale du monde et sont agencées en fonction des voies majoritairement empruntées.

En ce qui concerne la subjectivité des représentations cartographiques et le miroir des mutations géopolitiques qu’elles peuvent constituer, on pourra se reporter à l’interview de Michel Foucher publiée l’année dernière dans le journal Libération[7].

~~~~~~~~~~

Notes :

[1] « La France en relief : chefs d’œuvre de la collection des plans-relief de Louis XIV à Napoléon III », exposition organisée au Grand Palais (Paris) du 18 janvier 2012 au 17 février 2012 [lien vers la page consacrée de la Réunion des musées nationaux].

[2] Sylvie Brunel est professeur d’université depuis 2001 et enseigne la géographie du développement et de la mondialisation à l’Université Paris IV-Sorbonne [CV publié sur le site de la Sorbonne]. Elle s’intéresse aux thématiques de la faim dans le monde, plus précisément sur le continent africain : L’Afrique : un continent en réserve de développement (Bréal, 2004) [lien SUDOC] ; Le développement durable (PUF/Que sais-je ?, 2004) [lien SUDOC] ; Nourrir le monde, vaincre la faim (Larousse, 2009) [lien SUDOC].

[3] Né en 1946, Michel Foucher, professeur des universités, enseigne à l’Ecole Normale Supérieure (ENS) de Paris [notice en ligne].

[4] Sur les représentations cartographiques, on pourra consulter entre autres la synthèse in Stéphanie Beucher, Magali Reghezza, La géographie : pourquoi, comment ? : objets et démarches de la géographie d’aujourd’hui, Paris : Hatier, 2005, p. 18-21 [lien SUDOC].

[5] Michel Foucher (dir.), Fragments d’Europe : atlas de l’Europe médiane et orientale, Paris : Fayard, 1993 [lien SUDOC] ; Michel Foucher (dir.), L’Europe : entre géopolitiques et géographies, Paris : SEDES/CNED, 2009 [lien SUDOC] ; Michel Foucher, L’Europe et l’avenir du monde, Paris : Odile Jacob, 2009 [lien SUDOC].

[6] Michel Foucher, Fronts et frontières des États du Tiers-Monde : étude de géographie géopolitique, Thèse de doctorat soutenue à l’Université Paris I en 1986 [lien SUDOC] ; Michel Foucher, Fronts et frontières : un tour du monde géopolitique, Paris : Fayard, 1988 [lien SUDOC] ; Michel Foucher, L’obsession des frontières, Paris : Perrin, 2007 [lien SUDOC].

[7] «La carte, une vision subjective du monde», Libération, 8 janvier 2011 [lien direct].

Publicités

Le temps de préparation de l’épreuve d’EOD du CAPES finalement maintenu à 2 heures pour la session 2012

La dernière lettre de cadrage concernant le CAPES d’histoire-géographie, rédigée par le président du jury, Laurent Carroué, et rédigée ce jeudi 19 janvier 2012, revient sur le temps de préparation des épreuves orales pour la session de juin/juillet 2012.

Si la durée de préparation de la leçon d’histoire ou de géographie est, comme prévu, portée de 3h30 (session 2011) à 4 heures, il n’en est pas de même pour la seconde épreuve, l’épreuve orale sur dossier (EOD). Le candidat admissible et appelé à l’oral en juin ou juillet 2012 (l’examen oral a toujours lieu à Chalons-en-Champagne, du 17 juin au 7 juillet 2012[1]) aura, comme l’année dernière, 2 heures pour préparer ladite épreuve. Comme inscrit dans le document, le doublement de l’horaire de préparation (4 heures) ne sera effectif que pour la session 2013[2] :

CAPES EXTERNE D’HISTOIRE ET DE GÉOGRAPHIE
EPREUVES ORALES D’ADMISSION DE JUIN/JUILLET 2012

Objet : durée de préparation des épreuves orales d’admission
A tous les préparateurs et candidats.

Paris, le jeudi 19 janvier 2012

Mesdames, messieurs,
A la suite de la publication de la version consolidée au 1er janvier 2012 de l’arrêté
du 28 décembre 2009 définissant la maquette des épreuves des concours, dont le CAPES externe d’Histoire et de Géographie (cf. annexes à cette adresse ci dessous :
http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=304B615CCFE242E91D211B3F4C
31FD5B.tpdjo06v_2?cidTexte=LEGITEXT000022746504&dateTexte=20120117
), nous vous informons que pour le Capes externe d’histoire et de géographie la durée de préparation des épreuves orale de leçon d’histoire ou de géographie est portée à 4 heures pour la session de juin/ Juillet 2012.
Par contre, la durée de préparation de l’épreuve sur dossier demeure toujours fixée à deux heures pour la session de juin/juillet 2012, contrairement à ce qui avait été annoncé dans le Rapport du Concours 2011 publié à l’automne dernier. Il faudra attendre la session du Concours 2013 pour que la durée de préparation des deux épreuves orales soit alignée à 4 heures. En vous remerciant pour l’attention portée à cette information importante, nous vous demandons d’en informer le plus largement possibles préparateurs et candidats.

Laurent CARROUE
Inspecteur général de l’Education nationale
Président du Jury du CAPES externe d’histoire et de géographie

NB : pour votre information, nous vous signalons l’existence d’un Portail National Histoire et Géographie du Ministère de l’Education national. Vous y trouverez dans la Rubrique Se Former toutes les indications nécessaires aux examens et concours concernant ces disciplines.
http://eduscol.education.fr/histoire‐geographie/

~~~~~~~~~~

Notes :

[1] Calendrier des concours de l’enseignement du second degré du site Publinet.

[2] Liste de l’Association française d’histoire économique (AFHE) [histoire_eco@cru.fr]

François Caron remporte le prix 2011 de la Fondation Polignac

François Caron (né en 1931), historien économiste spécialiste du développement économique, industriel et technique aux XIXe et XXe siècles, recevra ce mercredi (16 novembre 2011) le Grand Prix de le Fondation Prince Louis de Polignac 2011 (créée en 1997[1]) dans les salons de l’Hôtel de Crillon (8e arrondissement de Paris)[2]. Cette distinction, décernée sur proposition de l’Académie française et accompagnée d’une dotation de 15 000 euros, récompense l’ensemble de la carrière[3] de ce professeur émérite d’histoire économique et des techniques à l’Université Paris-Sorbonne qui y a enseigné sa discipline pendant plus de vingt ans, de 1976 à 1998, et y a créé le Centre de recherche en histoire de l’innovation (CRHI)[4]. François Caron a publié l’année dernière chez Gallimard un ouvrage (que Pierre Nora considère comme « le plus important »[5]) consacré à l’innovation dans le secteur industriel (ruptures et continuités)[6], dans la lignée de ses travaux sur l’histoire des sociétés et des techniques industrielles[7], ainsi que sur les entreprises de plusieurs branches de l’économie[8]. Il a en outre dirigé les thèses d’Eric Buissière (1988)[9], Dominique Barjot (1989)[10], Michel-Pierre Chélini (1991)[11] et Florence Hachez-Leroy (1995)[12].

~~~~~~~~~~

Notes :

[1] « La Fondation Prince Louis de Polignac, créée en 1997 par le Prince Louis de Polignac et Madame le juge Irène Daurelle, a pour but de promouvoir la culture française et européenne et de contribuer au développement de la science » (Page d’information de l’Institut de France concernant la remise du prix [lien vers la page]).

[2] Dépêche AFP publiée sur Le Figaro.fr le 10 novembre 2011 [article en ligne].

[3] Commentaire de Pierre Nora sur la carrière de François Caron in Dossier de presse « Fondation Louis de Polignac : Cérémonie de remise des Prix 2011 », p. 1-2 (disponible en ligne).

[4] Page de présentation de la troisième édition des Jeudis de l’Imaginaire à Télécom ParisTech en mai 2011 (lien vers la page).

[5] Commentaire de Pierre Nora sur la carrière de François Caron in Dossier de presse « Fondation Louis de Polignac : Cérémonie de remise des Prix 2011 », p. 2 (disponible en ligne).

[6] François Caron, La dynamique de l’innovation : changement technique et changement social (XVIe-XXe siècle), Paris : Gallimard, 2010, 469 p [lien SUDOC].

[7] On relèvera, entre autres : François Caron, Le résistible déclin des sociétés industrielles, Paris : Perrin, 1985, 330 p. [lien SUDOC], François Caron, Les deux révolutions industrielles du XXe siècle, Paris : Albin Michel, 1997, 525 p [lien SUDOC].

[8] La thèse de François Caron portait sur la Compagnie du chemin de fer du Nord de 1846 à 1937 (dirigée par François Crouzet et soutenue à l’Université Paris-Nanterre en 1969 [lien SUDOC]).

[9] Eric Buissière, Les relations entre la France et la Belgique dans les rivalités économiques et financières en Europe (novembre 1918-mars 1935), Thèse de doctorat en histoire dirigée par François Caron et soutenue à l’Université Paris IV en 1988 [lien SUDOC].

[10] Dominique Barjot, La grande entreprise française de travaux publics (1883-1974) : contraintes et stratégies, Thèse de doctorat en histoire dirigée par François Caron et soutenue à l’Université Paris IV en 1989 [lien SUDOC].

[11] Michel-Pierre Chélini, La politique des prix en France : 1944-1950, Thèse de doctorat en histoire dirigée par François Caron et soutenue à l’Université Paris IV en 1991 [lien SUDOC].

[12] Florence Hachez-Leroy, L’aluminium français, instrument d’une stratégie de groupe (1911-1960), Thèse de doctorat en histoire dirigée par François Caron et soutenue à l’Université Paris IV en 1995 [lien SUDOC].

Le rapport du jury du CAPES session 2011, un document de référence pour la préparation du concours (2/2)

Suite ici du premier article portant sur le rapport du jury du CAPES (session 2011), publié au début du mois d’octobre.

≈ Retour sur les écrits et les oraux de la session 2011

Comme de coutume, le rapport du jury donne au lecteur de nombreuses données et repères statistiques sur la session passée : nombre de candidats, âge moyen des admis, origine des candidats, etc. La barre d’admissibilité (moyenne du dernier admissible) était cette année de 6 (comme en 2010) et la barre d’admission (moyenne du dernier admis) s’élevait à 9,13 (8,58 à la session 2010)[1].

Armand Djimet-Baboun, docteur en géographie, professeur en classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) au lycée Montgazon d’Angers[2] et rapporteur pour la partie relative à la composition écrite de géographie, a proposé un plan répondant au sujet donné en novembre 2010 –  « Nourrir les très grandes villes dans le monde » – lequel était accompagné de trois documents[3] :

Pb. : dans quelle mesure, les très grandes villes, par la demande alimentaire très forte qu’elles suscitent sont révélatrices de la recherche des hommes à satisfaire leurs besoins alimentaires fondamentaux par tous les moyens ? Dans quelle mesure cette recherche de la satisfaction des besoins a des impacts sociaux spatiaux tant à l’échelle locale que planétaire ?

I – Les très grandes villes, miroirs d’une demande alimentaire de plus en plus forte et des mutations des régimes alimentaires en cours

II – La mobilisation des moyens aux différentes échelles pour satisfaire la demande alimentaire des populations nombreuses sur un espace restreint

III – Cependant, des situations différenciées selon les aires géoéconomiques (typologie)[5]

En ce qui concerne la composition d’histoire relative aux « identités dans le monde britannique (1915-1931) » (sujet sans documents), les rapporteurs, Marie-Françoise Berneron-Couvenhes (auteur d’une thèse sur la compagnie de navigation à vapeur française des messageries maritimes[6]) et Jenny Raflik (maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Cergy-Pontoise dont les recherches portent sur l’OTAN et les relations transatlantiques[7]), ont livré une longue analyse aboutissant à un plan détaillé non-restrictif :

I – « Nous, les Britanniques », des identités multiples

A) Des valeurs communes

-La langue

-Le « fardeau de l’homme blanc » : La religion chrétienne, l’éducation, l’utilitarisme

-L’émergence d’un modèle économique et politique : le modèle de Westminster

B) Qui sont les Britanniques ? Des identités nationales dans le monde britannique

-Des identités plurielles : Le particularisme gallois ; l’invention d’une tradition écossaise ; le paradoxe irlandais.

-Survivance de particularismes nationaux au sein de l’Empire

C) Influence de l’Empire dans la métropole, l’identité impériale

-Une colonisation des esprits britanniques par l’idéologie impériale ?

-La querelle de l’Orientalisme

II – Le renforcement de la Britishness

A) La diaspora britannique à l’origine de Neo-Britains

-Essaimages britanniques : qui sont les agents de la britishness ?

-Les pratiques des Neo-Britons (pratiques sociales, sportives, cultuelles)

B) L’empreinte de l’identité britannique dans le monde britannique : quelles acculturations ?

-L’anglicisation et la formation des élites

-La conversion au christianisme

-Empreinte dans l’espace de l’influence britannique et influences croisées

C) L’Empire de la race ?

-Racisme et identités déniées, bafouées, voire éradiquées

-Protéger la « race blanche »

III – Les limites de l’acculturation

A) Les résistances

-Les résistances religieuses et les résistances à l’assimilation culturelle

-Les résistances sociales

B) Les mouvements nationalistes

-Des mouvements nationalistes qui se maintiennent, voire se renforcent (exemples irlandais, écossais)

-L’impact de la première guerre mondiale et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes sur les résistances à la colonisation

C) Émergence de nouvelles identités

-De nouvelles nations issues de la colonisation (Canada, Australie…)

-Un loyalisme britannique ?

-De nouvelles identités sociales : identité ouvrière, féminisme, etc.[8]

Un certain nombre de sujets de leçon orale d’histoire sont fournis, souvent à titre d’exemples, dans le rapport[9]. A noter en outre qu’un listening exhaustif des sujets tombés paraît difficile à dresser étant donné que, rien que pour la question transversale « Le prince et les arts », 217 sujets sont tombés[10]  :

-César et l’Occident

-L’Occident dans les guerres civiles

-L’Occident romain en 27 av. J-C (sujet tableau)

-L’Occident romain en 192 ap. J-C (sujet tableau)

-Verrès et Agricola (sujet comparatiste)

-Être un gouverneur sous la République (197-27 av. J-C)

-Les princes guerriers et les arts en France et en Italie du XIVe au XVIe siècle

-La papauté d’Avignon et les arts

-Versailles, miroir du prince de Louis XIII à Louis XVI

-Le prince et l’art religieux du XIVe au XVIIIe siècle

-Arts et artistes à la cour de Mantoue du XIVe au XVIe siècle

-La glorification du prince par les arts du XVe au XVIIe siècle

-Le monde britannique en 1914 (sujet tableau)

-Le monde britannique en 1931 (sujet tableau)

En EOD, deux sujets étaient donnés quotidiennement cette année (un pour tous les candidats de la matinée, un pour tous les candidats de l’après-midi). La liste complète des questions du premier exposé à construire (en histoire ou en géographie) est fournie dans le rapport et peut aider les futurs admissibles[11] :

Sujets d’EOD en histoire

Sujets d’EOD en géographie

-L’approche culturelle est-elle pertinente en histoire ?-La biographie est-elle un genre historique ?

-Qu’est ce qu’un document historique ?

-L’histoire n’est-elle pas d’abord et nécessairement événementielle ?

-Pourquoi mémoriser des repères en histoire ?

-Quelle est la place des individus dans l’histoire ?

-Quelle place pour l’historien dans la société ?

-Définir les mots de l’historien : en quoi est-ce essentiel et problématique ?

-L’œuvre d’art peut-elle être une source pour l’historien ?

-L’analyse spatiale peut-elle participer au renouvellement du questionnement historique ? L’exemple de l’histoire urbaine

-L’introduction du concept d’identité en histoire peut-elle être source d’anachronisme ?

-Comment écrire l’histoire des relations internationales aujourd’hui?

-L’explication historique peut-elle se passer de comparaison ?

-Mémoire et histoire, entre complémentarité et conflits

-L’étude du passé colonial amène-t-elle un renouvellement épistémologique de la discipline historique?

-L’histoire du Temps présent, une histoire des questions vives ?

-L’histoire des représentations : une nouvelle histoire sociale ?

-De quoi et pourquoi les historiens débattent-ils ?

-Le concept d’ « absolutisme » est-il encore opératoire en histoire ?

-La biographie est-elle un genre historique mineur ?

-Comment définir un groupe social ?

-L’historien doit-il conjuguer des approches spatiales et temporelles différentes pour comprendre le passé?

-Quelle place accorder aux concepts en histoire ?

-Comment faire de l’histoire avec des images comme sources?

-L’histoire culturelle est-elle une histoire ancillaire ?

-L’histoire économique est-elle plutôt de l’histoire ou plutôt de l’économie ?

-Quel usage faire de l’histoire des Arts en histoire ?

-L’histoire sans les femmes est-elle possible ?

-Quelle est la place des sources dans le travail de l’historien ?

-Pourquoi lire les historiens des autres siècles?

-Entre histoire des religions et histoire du fait religieux, quelles différences ? Quels enjeux?

-Quel statut accorder à l’événement en histoire ?

-Aux grands hommes, l’histoire reconnaissante

-Le paysage peut-il être un objet et un outil de la géographie sociale ?-En quoi la notion de frontière interroge-t-elle les géographes ?

-Quelle place pour les notions de centre et de périphérie en géographie ? L’exemple de l’Europe

-Géographie et géopolitique : quels liens ?

-La question du développement durable relève-t-elle de la géographie ?

-En quoi la question de l’identité relève-t-elle de la géographie ?

-L’Etat est-il un acteur géographique particulier ?

Le géographe peut-il être scientifique et engagé ?

-Comment appréhender la notion de patrimoine en géographie?

-Quel est l’apport de la géographie à l’étude des ressources naturelles ?

-Pourquoi le territoire est-il une notion géographique complexe ?

-Faut-il forcément changer d’échelle en géographie ?

-Qu’est-ce qu’une « géographie sociale » peut apporter à la compréhension de l’espace?

-La mondialisation oblige-t-elle à renouveler le regard géographique ?

-Peut-on encore parler de géographie tropicale ?

-Dans quelle mesure les pratiques de mobilité remettent-elles en cause la géographie des frontières?

-Les approches systémiques en géographie

-Quelle utilité et quelles limites dans la compréhension des espaces urbains ?

-Quelles causalités envisager pour les dynamiques spatiales ?

-Faut-il de nouvelles cartes pour mieux appréhender le monde actuel ?

-Quelle est la place du concept de risque dans l’évolution de la géographie ?

-La géographie urbaine est-elle au service du pouvoir ?

-Quelles ont été les principales évolutions de la géographie économique ?

-Les découpages d’espaces sont-ils neutres ? Exemple de la Méditerranée vue d’Europe

-La région : objet géographique ou construction politique ?

-Frontières et espaces transfrontaliers, quels enjeux pour le géographe ? L’exemple de l’Europe

-Le développement durable, une notion géographique ?

-En quoi les approches culturelles renouvellent-elles la géographie ?

-La montagne : un objet d’étude géographique ?

-Qu’est-ce qu’une discontinuité en géographie ?

-Quelles relations entre géographie et aménagement ?

-La géopolitique est-elle une branche de la géographie ?

-En quoi la notion de réseau est-elle essentielle en géographie ?

-En quoi la réflexion sur le genre peut-elle être utile aux géographes ?

≈ Perspectives pour la session 2012 (année universitaire 2011-2012)

La session 2012 succède à la précédente, souvent considérée comme une année transitoire et, par le jury, comme une année « difficile »[12], mais, du fait de la réforme, en conserve les vicissitudes, à savoir la principale, reconnue dans le rapport, de devoir préparer conjointement un Master (Métiers de l’enseignement et de la formation en histoire-géographie [MEF]) et un concours national au nombre de postes limité (on pourrait ajouter les certificats informatique [C2i2e] et de langue [CLES 2]). En effet, « les textes nouveaux, le type d’épreuves et la place à réserver aux stages de terrain transforment profondément l’organisation, la philosophie et le fonctionnement du concours. Il s’agit bien pour les universitaires de mettre en place une formation professionnalisante efficace débouchant sur la réussite des étudiants. C’est à dire non pas une simple réussite au concours du CAPES qui n’est que la première étape, mais l’intégration du candidat dans la fonction publique sur un poste de professeur certifié d’histoire et de géographie. Ce qui signifie la réussite aux épreuves écrites puis orales du CAPES et tout autant la réussite de l’année de stage de titularisation en établissement devant les élèves. »

Cette année encore, les candidats devront attacher autant d’importance à l’histoire qu’à la géographie (du fait de la bivalence entre les deux disciplines[13]) et, à l’oral, préparer aussi bien la leçon que l’épreuve d’épistémologie et d’éducation civique, qui ont la même valeur dans la notation finale[14].

Dans l’optique de l’écrit, le rapport leur rappelle qu’il est possible que le sujet de composition, en histoire ou en géographie (et non pour les deux épreuves), ne comporte aucun document pouvant orienter l’étudiant[15]. De même, comme pour l’année précédente, des considérations historiographiques sont attendues dans l’introduction ou dans le développement de la dissertation[16].

A l’oral, les candidats gagnent trente minutes (3h30 à 4 heures) par rapport à l’année dernière pour préparer l’épreuve orale sur dossier (EOD), impliquant en conséquence davantage d’attentes de la part des jurys, essentiellement en termes de structuration des idées et d’organisation de l’exposé[17]. Il est alors nécessaire de mobiliser ses connaissances épistémologiques, de comprendre le lien entre les documents proposés dans le dossier, de les exploiter rigoureusement à l’oral[18], d’avoir bien assimilé les programmes du secondaire et les finalités de la matière considérée[19], et, enfin, d’être au courant des débats historiographiques, disciplinaires et politiques les plus actuels[20]. Enfin, en ce qui concerne la leçon de géographie, l’intérêt de produire un croquis de synthèse est à nouveau souligné[21].

Rémi Devémy

~~~~~~~~~~

Notes :

[1] Ministère de l’Éducation nationale/Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Rapport du jury du concours externe du CAPES et du CAFEP-CAPES – Section Histoire-géographie – Session 2011, établi sous la responsabilité de Laurent Carroué, p. 6 [disponible en ligne].

[2] Ce géographe travaille sur l’agriculture, la mondialisation agricole et alimentaire et le développement (cf. Armand Djimet-Baboun, Agriculture et développement dans le monde, Paris : Ellipses, 2006 [lien SUDOC]).

[3] L’imprimé du sujet et des documents l’accompagnant est disponible en ligne sur le site du ministère de l’Éducation nationale.

[4] Ministère de l’Éducation nationale/Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Rapport du jury du concours externe du CAPES et du CAFEP-CAPES – Section Histoire-géographie – Session 2011, établi sous la responsabilité de Laurent Carroué, p. 9 [disponible en ligne].

[5] Marie-Françoise Berneron-Couvenhes, La Compagnie de navigation française des messageries maritimes de 1851 à 1914 : entreprise de transport et service public, Thèse d’histoire contemporaine dirigée par Dominique Barjot et soutenue à l’Université Paris 4 en 2002 [lien SUDOC].

[6] Jenny Raflik, Les décideurs français et l’alliance atlantique (1947-1954), Thèse d’histoire contemporaine dirigée par Robert Frank et soutenue à l’Université Paris 1-Panthéon Sorbonne en 2006 [lien SUDOC].

[7] Ministère de l’Éducation nationale/Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Rapport du jury du concours externe du CAPES et du CAFEP-CAPES – Section Histoire-géographie – Session 2011, établi sous la responsabilité de Laurent Carroué, p. 13-14 [disponible en ligne].

[8] Ibid., p. 27.

[9] Ibid., p. 27.

[10] Ibid., p. 16-18.

[11] Ibid., p. 2.

[12] Ibid., p. 4.

[13] « Une des principales innovations introduites par la rénovation des épreuves du concours réside dans la totale bivalence existant dorénavant entre l’histoire et la géographie. […] Il est donc impératif que les candidats se préparent l’année du concours à égalité d’effort et d’investissement dans les deux disciplines » (Ibid., p. 3).

[14] « Du fait de la réduction des épreuves d’admission à deux oraux, l’épreuve sur dossier a pris une place encore plus importante, ce qui doit inciter les candidats à préparer cette épreuve très sérieusement. Les candidats, pour l’épreuve sur dossier, sont désormais interrogés sur une seule discipline, soit en histoire soit en géographie. […] L’esprit reste le même puisqu’elle reste une interrogation portant sur l’historiographie, l’épistémologie, les enjeux et les finalités des disciplines » (Ibid., p. 14).

[15] « Cette année, dans la dissertation, il n’y avait pas de document, ce qui était volontaire, puisque le texte de
cadrage précisait que l’un des deux sujets au moins comportait des documents, que le candidat utilisait dans sa composition » (Ibid., p. 10).

[16] Ibid., p. 11.

[17] Ibid., p. 18-19.

[18] « La communication passe aussi par l’utilisation de documents qui doivent être montrés, expliqués et analysés afin de servir d’arguments et non simplement exposés au jury accompagnés d’un ‘vous voyez sur ce document…' » (Ibid., p. 20)

[19] « Le candidat doit connaître les programmes, les finalités et les enjeux de la discipline et de l’enseignement de l’histoire et de la géographie au collège et au lycée (le rôle social de l’historien et du géographe, l’articulation entre la recherche et les programmes enseignés, etc.…) » (Ibid., p. 15).

[20] Il est nécessaire de se forger une culture scientifique par la lecture d’ouvrages ayant fait date dans l’histoire des deux disciplines ainsi que de travaux récents en histoire comme en géographie. Il s’agit de connaître les revues scientifiques (papier et en ligne), d’avoir manipulé les grandes collections des dictionnaires et des atlas. Le jury peut interroger sur des travaux d’historiens ou de géographes de l’année en cours car il s’agit aussi de connaître l’actualité de la discipline (les méthodes, les débats, les concepts, les polémiques en cours) que les lauréats auront à enseigner. Les candidats sont invités à se tenir informés de l’actualité politique et institutionnelle : lecture de la presse nationale, de revues scientifiques ou de vulgarisation (L’Histoire, Historiens et Géographes, Le Monde diplomatique, Le Courrier international, Sciences humaines, par exemple). Ils doivent suivre les principaux événements de la vie démocratique d’autant que nous entrons dans une année électorale. Ils auront enfin tout particulièrement révisé les notions de base : laïcité, démocratie, République, etc. » (Ibid., p. 16).

[21] Ibid., p. 20.

Le rapport du jury du CAPES session 2011, un document de référence pour la préparation du concours (1/2)

Rendu public, comme chaque année, au début du mois d’octobre[1], le rapport du jury du CAPES d’histoire-géographie relatif à la session 2011 (année universitaire 2010-2011) fournit, à la manière des précédents, informations et orientations[2] fort utiles pour la préparation des épreuves écrites (organisées les 17 et 18 novembre 2011[3]) et orales.

≈ Remarques générales et cadrage méthodologique

Mettant à plusieurs reprises en avant les carences de divers ordres des candidats, fréquemment observées par les correcteurs, qu’il s’agisse de l’orthographe ou de la syntaxe[4], des connaissances et des compétences dans la discipline[5] ou d’un manque de curiosité et/ou de culture générales[6], les rapporteurs des différentes sections du document délivrent de précieux conseils, parfois étoffés, pour la préparation du concours, les réflexes à avoir face aux sujets et les exigences à respecter afin de réussir. Les préparationnistes doivent donc prêter attention à leur expression, à la fois écrite et orale, et disposer de connaissances solides[7] et actualisées[8] aussi bien en histoire qu’en géographie, dans la mesure où la bivalence entre les deux disciplines est désormais effective[9].

Comme dans le rapport de la session 2010[10], les démarches à effectuer devant les sujets des épreuves d’admissibilité sont rappelées dans les premières pages : « définir les termes du sujet, analyser les documents, dégager une problématique, puis établir un plan […] et faire une conclusion-bilan avec une ouverture ». En géographie, le développement peut s’achever sur une typologie[11]. Les deux dissertations à rédiger doivent être davantage l’occasion de montrer sa capacité à réfléchir, à structurer ses idées et à utiliser de façon pertinente quelques exemples savamment choisis et bien développés, plutôt que de faire preuve d’une érudition ou d’une capacité à mémoriser un grand flot de connaissances sans démontrer une prise de recul par rapport à celles-ci[12]. Ici est soulignée une caractéristique du CAPES d’histoire-géographie que beaucoup de candidats ignorent : il s’agit d’un concours dont la réussite repose essentiellement sur la réflexion et la méthode, plus que sur l’ingurgitation et la restitution pure de données et connaissances spécialisées et pointues. Les notions, concepts et repères chronologiques et historiographiques de base (c’est-à-dire enseignés en Licence) doivent néanmoins être connus pour étayer des idées et/ou introduire un sujet[13].

La refonte des épreuves orales depuis la session terminée (2011) a incité les rapporteurs à faire une mise au point sur les attentes et les exigences du jury. En leçon comme en EOD (Épreuve orale sur dossier), l’exposé oral doit être organisé consciencieusement et bien documenté (à partir d’ouvrages, d’articles, de documents fournis ou, simplement, à partir de connaissances) :

      -« La leçon doit avant tout s’articuler autour d’une problématique claire qui invite à la réflexion, qui délimite les enjeux du sujet et sert de ‘fil conducteur’. Cette problématique, exposée en introduction, devra être omniprésente tout le long de l’exposé, les titres des différentes parties devront y faire référence. Enfin elle sera reprise dans la conclusion où on y apportera une réponse nuancée reposant sur les arguments du développement […] La communication passe aussi par l’utilisation de documents qui doivent être montrés, expliqués et analysés afin de servir d’arguments et non simplement exposés au jury accompagnés d’un ‘vous voyez sur ce document…' »[14]. Le rapport explique bien les conditions de préparation et de passage de l’épreuve de leçon en histoire (p. 25-26) et en géographie (p. 21-25), à savoir par exemple le temps de réflexion accordé, la recherche d’ouvrages dans la bibliothèque, etc.

      -L’épreuve orale sur dossier (EOD) en histoire comme en géographie demeure une « interrogation portant sur l’historiographie, l’épistémologie, les enjeux et les finalités des disciplines », est décomposée en deux exposés (sur une question disciplinaire puis sur une question d’éthique du fonctionnaire et d’éducation civique) et repose sur l’utilisation approfondie de quatre documents[15]. Il est nécessaire de construire une réponse organisée aux deux questions données et, « tout d’abord, avant de lire les documents fournis, le candidat doit bien prendre le temps d’analyser le sujet afin d’en comprendre tous les enjeux »[16].

A l’oral, le rapport insiste par ailleurs sur le paraître et l’attitude des candidats qui, habillés dans une tenue décente[17], doivent absolument faire preuve d’enthousiasme, de détermination et de combativité, en particulier lors des phases de reprise et de questions (entretien)[18].

A suivre : la deuxième partie de l’article consacrée aux épreuves de la session 2011 et aux perspectives pour 2012

~~~~~~~~~~

Notes :

[1] Discussion consacrée sur le forum CAPES-hist-geo, 1er octobre 2011.

[2] Ministère de l’Éducation nationale/Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Rapport du jury du concours externe du CAPES et du CAFEP-CAPES – Section Histoire-géographie – Session 2011, établi sous la responsabilité de Laurent Carroué, p. 3 (disponible en ligne).

[3] Page d’actualité Étudiants du Département d’histoire de l’Université Paris 8, 15 juin 2011.

[4] « Beaucoup trop de candidats maîtrisent mal la langue française. Nous avons relevé dans les copies beaucoup trop de fautes de syntaxe, qui rendent opaques la pensée et la démonstration des copies. […] Tout ceci entrave la lisibilité de la copie, et surtout est inacceptable pour de futurs professeurs » (Ministère de l’Éducation nationale/Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Rapport du jury du concours externe du CAPES et du CAFEP-CAPES – Section Histoire-géographie – Session 2011, établi sous la responsabilité de Laurent Carroué, p. 10 [disponible en ligne]).

[5] « On demeure frappé par l’émiettement des savoirs et des connaissances, l’éclatement des pratiques des candidats, la faiblesse des contenus épistémologiques, la grande difficulté à aborder des questions et des enjeux larges faisant débat dans la société et auxquels ils vont être confrontés comme enseignant en classe » (Ibid., p. 4).

[6] « Il est ainsi indispensable de se tenir au courant de l’actualité. Trop de candidats paraissent ignorer les acteurs et les enjeux de la vie politique et sociale, par exemple le fonctionnement des institutions, les caractères de la constitution, le spectre politique français ou l’éventail de la presse quotidienne. […] Les candidats doivent être conscients que l’on attend d’eux, comme on attend de tout enseignant, des connaissances actualisées, il est donc essentiel de travailler à partir d’ouvrages récents mais aussi de suivre l’actualité en lisant la presse de qualité » (Ibid., p. 15 et 21).

[7] « Au total, le CAPES externe et le CAFEP-CAPES sont des concours exigeants, comme le montre le rapport entre le nombre d’admis et celui des candidats ayant effectivement composé. Ils imposent donc un travail rigoureux et exigeant, qui doit pouvoir s’adosser à une culture générale géographique et historique – incluant la connaissance des histoires et des démarches des deux disciplines, la compréhension de leurs notions clefs, la possession des grands repères spatiaux, chronologiques et statistiques – construite au fil des années de lycée et d’université » (Ibid., p 7).

[8] « Encore trop de candidats ignorent les recherches récentes, les débats, les renouvellements scientifiques et l’actualité des deux disciplines en France et à l’étranger. Beaucoup d’entre eux ne maîtrisent pas suffisamment les notions et les concepts clés des deux disciplines » (Ibid., p 15).

[9] « Une des principales innovations introduites par la rénovation des épreuves du concours réside dans la totale bivalence existant dorénavant entre l’histoire et la géographie. […] Il est donc impératif que les candidats se préparent l’année du concours à égalité d’effort et d’investissement dans les deux disciplines » (Ibid., p 3).

[10] Ministère de l’Éducation nationale/Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Rapport du jury du concours externe du CAPES et du CAFEP-CAPES – Section Histoire-géographie – Session 2010, établi sous la responsabilité de Laurent Carroué, p. 6 et suivantes [disponible en ligne].

[11] Ministère de l’Éducation nationale/Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Rapport du jury du concours externe du CAPES et du CAFEP-CAPES – Section Histoire-géographie – Session 2011, établi sous la responsabilité de Laurent Carroué, p. 8 [disponible en ligne].

[12] « Certaines copies se présentent comme une succession d’innombrables paragraphes (retour à la ligne à la fin de chaque phrase), ou au contraire comme un bloc massif (pas de retour à la ligne pour les transitions). Ces deux extrêmes traduisent l’absence d’organisation de la pensée et de cohérence de la démonstration. Nous rappelons qu’un paragraphe correspond à une sous-partie du plan et correspond à une idée étayée d’un exemple développé. Le plan, par ailleurs, ne doit pas être apparent dans la copie sous forme de titre. […] Beaucoup trop de copies comportent des exemples allusifs. Il y a peu d’exemples développés ou d’études de cas approfondies. Or, l’accumulation d’exemples n’est pas démonstrative. Il est préférable d’utiliser un seul exemple, mais bien maîtrisé et à des fins précises dans le déroulement de la démonstration […] » (Ibid., p. 10).

[13] Ibid., p. 11.

[14] Ibid., p. 20.

[15] « Beaucoup de candidats n’ont pas conçu les documents comme une source de réflexions, d’aucun les ont totalement ignorés, d’autres les ont, au contraire, paraphrasés. Trop peu de candidats encore ont formulé explicitement une problématique » (Ibid., p. 15).

[16] Ibid., p. 15.

[17] « Les commissions s’agacent de la tenue relâchée, voire négligée, de trop de candidats, en particulier de sexe masculin, qui jouent leur carrière professionnelle en ajoutant à des connaissances parfois approximatives, des tenues à la limite de l’irrespect, notamment le port de chaussures de sport ‘fatiguées’ et/ou de chemises flottantes » (Ibid., p. 28).

[18] « Cela suppose d’abord que l’on « donne de sa personne » en recherchant la qualité de l’expression, en variant le ton pour mettre en valeur les idées importantes, en adoptant une gestuelle qui appuiera le discours et en regardant son auditoire » (Ibid., p. 19 ; voir de plus p. 25).

La Deuxième guerre mondiale à l’heure de Twitter

Depuis le 31 août 2011 (soit 72 ans après le début communément admis de la Deuxième guerre mondiale), un ancien étudiant en histoire de l’Université d’Oxford (Royaume-Uni), Alwyn Collinson, poste sur un compte Twitter dédié (@RealTimeWWII) des tweets (messages d’actualité) quotidiens de moins de 140 caractères faisant vivre ou revivre au jour le jour les évènements du second conflit mondial du XXe siècle[1]. Âgé de 24 ans, l’auteur travaille désormais dans une société de communication à Oxford et cherche à travers son initiative à donner l’impression de vivre les évènements sans connaître le dénouement de la guerre, impliquant une réflexion préalable et une reconstitution impartiale permettant d’éviter tout anachronisme[2]. Son entreprise l’amènera probablement à conserver son rythme de publication (A. Collinson rédige ses brèves parfois à l’avance et en programme la publication grâce à l’application SocialOomph[3]) jusqu’à l’issue du conflit, soit jusqu’en 2017.

Cette initiative, qui repose sur un travail documenté en amont (essentiellement des ouvrages spécialisés et des ressources en ligne[4]) même si les sources mobilisées, aussi bien pour les faits racontés que pour les photographies proposées, sont trop rarement mentionnées, rappelle celle des National Archives britanniques. Ces dernières publient en effet sur Twitter (@ukwarcabinet), depuis début 2011, des messages faisant vivre presque en temps réel, à la manière des breaking news[5], les évènements de la Deuxième guerre mondiale au prisme du War Cabinet britannique. Dans ce cas-ci, un lien renvoie systématiquement aux Cabinet Papers du centre d’archives utilisés.

~~~~~~~~~~

Notes :

[1] Le compte Twitter peut être consulté sans inscription préalable à ce réseau social. Il suffit de se rendre sur le lien mis entre parenthèses et précédé d’un @.

[2] “I don’t want to anticipate the outcome of events, because I want people reading the feed to feel a little bit of what people at the time felt”, says Alwyn. “It’s so easy to fall into the trap of hindsight. At the time, people didn’t know that the Nazis were monsters, or even that the war was going to be a Second World War – they hadn’t started saying the First World War at that point, it was still the Great War, or the Late War (Paul Sawers, « How an ex-History student is using Twitter to bring World War 2 to life », thenextweb.com, 25 septembre 2011 [lien vers l’article]).

[3] « Revivez la Seconde Guerre Mondiale heure après heure avec Twitter », DataNews/Le Vif.be, 3 octobre 2011 (lien vers l’article).

[4] « There are several very good timelines of WWII on the Web », says Alwyn. « Plus digitized newspaper archives, personal stories, transcripts of speeches, and so on – anything that gives a fresh, unusual angle on the war » (Paul Sawers, « How an ex-History student is using Twitter to bring World War 2 to life », thenextweb.com, 25 septembre 2011 [lien vers l’article]).

[5] « Soixante-douze ans après, la seconde guerre mondiale en temps réel », Big Browser, blog du Monde.fr (lien vers l’article).

Michel Lussault : « Finalement, la géographie ne sert à rien…

… parce qu’il faut plutôt prendre le verbe ‘servir’ de manière transitive et se demander ‘qui elle sert' ». C’est par cette conclusion que Michel Lussault, professeur de géographie à l’Ecole normale supérieure Lettres et sciences humaines (ENS-LSH) de Lyon[1], débutait le 4 février 2010 une conférence de plus d’une heure intitulée « A quoi sert la géographie », laquelle clôturait une journée d’études insérée dans un long cycle de réflexion autour de la problématique « A quoi servent les sciences humaines », organisé par la revue Tracés[2] au sein de l’établissement lyonnais[3].

L’intervention du géographe, auteur avec Jacques Lévy du célèbre Dictionnaire de géographie et de l’espace des sociétés[4] ou encore de L’homme spatial : La construction sociale de l’espace humain[5] s’est attachée à souligner et expliquer l’intérêt de la géographie, discipline permettant selon lui de rendre le monde intelligible, de réfléchir (à la fois penser et renvoyer) une certaine image du monde, le « point aveugle » des sociétés dans le sens où leur dimension spatiale est aussi bien évidente (beaucoup d’individus estimeraient que l’espace n’est pas un problème) que complexe et ce, à toutes les échelles.

Michel Lussault explique que la géographie est actuellement traversée par deux « tendances » aux méthodes, aux projets et aux réflexions différentes même si une convergence certaine peut parfois être notée. La première s’intéresse à la manière dont les sociétés s’organisent spatialement, c’est-à-dire l’agencement de « réalités » (individus, bâtiments, virus comme le H1N1) dans des positions relatives avec le jeu des distances. Évoquant Claude Raffestin qui considérait l’espace géographique comme un « arrangement »[6], le conférencier pense que l’espace a tendance à s’auto-organiser et que, de fait, le géographe doit surtout entreprendre de décrire comment les différentes réalités s’imbriquent. Le seconde tendance est celle de la « spatialité », axée sur les « opérateurs » (les acteurs) qui sont des entités (un individu, un animal, une communauté, etc.) opérant des actes spatiaux. Ici, l’intérêt est porté sur la façon dont ces « opérateurs » utilisent la ressource spatiale en fonction du contexte, de leur expérience. D’ailleurs, pour M. Lussault, toute action humaine, tout geste, implique une réflexion géographique dans la mesure où sont alors pris en compte, consciemment ou non, l’espace, la distance, les échelles, les emplacements, les frontières et limites.

Michel Lussault conclut sa démonstration en précisant que la géographie sert les « spatialités des opérateurs » et permet de construire les modes d’action et les sociétés dans lesquelles nous vivons. Elle constitue un ensemble de savoirs et de compétences utile aux acteurs sociaux pour construire « l’arrangement des réalités », de le maîtriser et de le réguler.

~~~~~~~~~~

Notes :

[1] Michel Lussault tient un blog nommé « Le pari de l’université » dans lequel il publie des articles relatifs au système universitaire français et à l’enseignement supérieur.

[2] La revue Tracés est un périodique de recherche en sciences humaines et en sciences sociales fondé en 2002 et encadré par l’ENS de Lyon (voir le site internet consacré). Deux numéros thématiques sont publiés chaque année ainsi que des hors-série parmi lesquels figure « A quoi servent les sciences humaines (II) », édité en novembre 2010 et qui reprend en fait les contributions de deux journées du cycle de conférences (« Sciences sociales et monde de l’entreprise » et « A quoi sert la géographie? ») [lien CAIRN].

[3] Le cycle de conférences doit s’étaler de janvier 2009 à février 2012 et est structuré autour de huit axes : « Sciences sociales, mémoire, politique et justice » (janvier 2009) ; « Sciences humaines, réformes sociales et politiques publiques » (mai 2009) ; « Sciences humaines et entreprises » (octobre 2009) ; « Sciences humaines et création artistique » (2010) ; « Des usages publics de la géographie » (2010) ; « Economie et politique » (2011) ; « Les sciences humaines, leur diffusion, leurs médiations » (2011) ; « Recherche et enseignement des sciences humaines » (2012). Organisé par la revue Tracés, le magazine Sciences humaines, La vie des idées et l’ENS de Lyon, cet événement scientifique possède une page d’information en ligne : http://traces.revues.org/543

[4] Jacques Lévy, Michel Lussault (dir.), Dictionnaire de géographie et de l’espace des sociétés, Paris : Belin, 2003 [lien SUDOC]. Michel Lussault précise dans sa conférence que la rédaction de ce dictionnaire a été motivée par la volonté de stabiliser des définitions sans toutefois prétendre à une sorte d’impérialisme.

[5] Michel Lussault, L’homme spatial : La construction sociale de l’espace humain, Paris : Seuil, 2007 [lien SUDOC].

[6] Cf. Claude Raffestin, Pour une géographie du pouvoir, Paris : Librairies techniques, 1980 [lien SUDOC].

[Cassagnes-Brouquet, Doumerc] Les Condottieres : capitaines, princes et mécènes en Italie (XIIIe-XVIe siècle)

Première de couverture de l'ouvrage Les condottieresA la fin du mois de mai dernier, les éditions Ellipses publiaient une synthèse consacrée aux condottieres et rédigée par deux professeurs d’histoire médiévale de l’université de Toulouse – Le Mirail,  Bernard Doumerc et Sophie Cassagnes-Brouquet. Cette dernière, probablement connue des étudiants préparant le CAPES d’histoire-géographie – elle est l’auteure, avec François Brizay, de l’un des manuels portant sur la question transversale Le prince et les arts[1] -, s’intéresse au fait urbain en Europe à la fin du Moyen-Âge[2] et, surtout, à l’histoire culturelle et l’art de cette période sous l’angle de la pratique artistique, du mécénat et des politiques artistiques[3]. Bernard Doumerc, auteur d’une thèse intitulée Venise et l’espace maritime occidental au XVe siècle : une tentative de reconversion commerciale[4], oriente ses recherches sur l’Italie à la fin de l’époque médiévale et plus particulièrement sur la cité vénitienne dans ses aspects politiques, économiques et culturels[5].

Partagé en quatre parties (voir le sommaire ci-dessous), l’ouvrage aspire à combler l’absense relative de travaux français consacrés à ces chefs de guerre italiens[6], alors que l’historiographie anglaise et italienne est « abondante »[7]. Ce travail dense (plus de 500 pages), s’appuyant sur une abondante littérature ainsi que sur quelques fonds des archives de l’Etat de Mantoue, de la bibliothèque de Rimini ou encore de la Bibliothèque nationale de France (BNF), se concentre aussi bien sur les grandes familles de condottiere (Montefeltro, Sforza, Borgia, Colleoni, etc.) que sur des personnages plus « méconnus » (troisième partie). Dans un style fluide et accessible, proche du récit détaillé parfois légèrement romancé, la production de Sophie Cassagnes-Brouquet et de Bernard Doumerc s’arrête sur la pratique du mécénat des capitaines de guerre qui, bien souvent, se mueront en princes désireux d’afficher leur réussite, leur puissance et leur gloire. D’ailleurs, de nombreuses descriptions de différentes productions artistiques sont fournies avec, pour supports, quelques encarts d’illustrations et d’oeuvres bienvenus. Offrant un « double regard » sur un tel sujet – celui de l’historienne de l’art et celui de l’historien – l’ouvrage comprend des outils annexes (cartes, glossaire, chronologie, arbres généalogiques, etc.) fort utiles pour la pleine compréhension des parties traitées.

Sommaire :

Première partie : La guerre perpétuelle
Chap. I – Une Italie déchirée
Chap. II – Les condottieres précurseurs
Chap. III – Le condottiere, un capitaine aventure
Chap. IV – Le maître de la cité

Deuxième partie : Les condottieres au pouvoir
Chap. V – La conquête de Milan, des Visconti aux Sforza
Chap. VI – Este de Ferrare et Gonzaga de Mantoue, seigneurs
et condottieres
Chap. VII – Des hommes d’exception, les princes d’Urbino et de Rimini
Chap. VIII – Des condottieres au service de la papauté ?

Troisième partie : « Des hommes illustres », condottieres exemplaires et méconnus
Chap.IX – Les héros en Orient
Chap. X – Les tyrans à l’oeuvre
Chap. XI – Le condottiere amoureux
Chap. XII – L’âge d’or des bâtards

Quatrième partie : Les nouvelles armes de la gloire
Chap. XIII – À la gloire du capitaine
Chap. XIV – De la cité idéale au studiolo
Chap. XV – Princes et mécènes

Rémi Devémy

~~~~~~~~~~

Notes :

[1] François Brizay, Sophie Cassagnes-Brouquet, Le prince et les arts en France et en Italie (XIVe – XVIIIe siècle), Paris : Bréal, Collection « Amphi Histoire », 2010, 207 p [lien SUDOC].

[2] Page de présentation de l’auteur sur le site de l’université de Toulouse (Laboratoire France méridionale et Espagne : histoire des sociétés du Moyen Age à l’époque contemporaine [FRAMESPA]).

[3] Sophie Cassagnes-Brouquet est titulaire de deux doctorats pour une thèse sur la violence des étudiants à Toulouse de 1460 à 1610 dirigée par Jacques Le Goff et soutenue à l’EHESS en 1982 [lien SUDOC], et pour une thèse d’histoire de l’art médiéval relative au métier de peintre en Bourgogne au temps des ducs Valois, sous la direction de Fabienne Joubert.

[4] Bernard Doumerc, Venise et l’espace maritime occidental au XVe siècle : une tentative de reconversion commerciale, Thèse d’histoire médiévale dirigée par Alain Ducellier et soutenue à l’Université de Toulouse – Le Mirail en 1989 [lien SUDOC]. Thèse publiée sous le titre Venise et l’émirat hafside de Tunis (1231-1535), Paris : L’Harmattan, 1999, 243 p [lien SUDOC].

[5] Page de présentation de l’auteur sur le site de l’université de Toulouse (Laboratoire France méridionale et Espagne : histoire des sociétés du Moyen Age à l’époque contemporaine [FRAMESPA]).

[6] Sophie Cassagnes-Brouquet, Bernard Doumerc, Les Condottieres : capitaines, princes et mécènes en Italie : XIIIe-XVIe siècle, Paris : Ellipses, 2011, p 5 [lien SUDOC].

[7] Les condottiere : Dossier de presse de l’éditeur, Présentation, disponible en ligne.